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« MARI EN SYRIE », AU « MUSÉE DE MARIEMONT », JUSQU’AU 07 JANVIER 2024

« MARI EN SYRIE », AU « MUSÉE DE MARIEMONT », JUSQU’AU 07 JANVIER 2024

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« MARI EN SYRIE », AU « MUSÉE DE MARIEMONT », JUSQU’AU 07 JANVIER 2024

ⓒ « Musée royal de Mariemont »

Profitons du congé scolaire, pour nous rendre à Morlanwelz, histoire de nous promener au sein du domaine royal de Mariemont (ouvert tous les jours de 08h à 18h), planté d’essences rares et d’arbres séculaire, les origines de ce domaine de 45 ha remontant au XVIè siècle, créé à l’initiative de Marie de Hongrie (1505-1558), cédé à l’Etat belge par Raoul Warocqué (1870-1917), bourgmestre de Morlanwelz, de 1900 à 1917.

Face au « Grand Bouddha », d’origine japonaise, acquis en 1917, à la demande de Raoul Warocqué, nous pouvons découvrir, au « Musée royal de Mariemont », la fort intéressante exposition « Mari en Syrie. Renaissance d’une cité au 3è millénaire », nous permettant de remonter au 3è millénaire avant notre ère.

Le « Grand Bouddha », d’origine japonaise, commandé par R. Warocqué ⓒ « Musée royal de Mariemont »

Grâce à un partenariat d’exception, avec l« Musée du Louvre » (Paris) et la « Bnu » (« Bibliothèque nationale et universitaire »  /Strasbourg), nous découvrons l’une des cités les plus importantes du monde mésopotamienla mythique Mari.

Avec des pièces archéologiques exceptionnelles (statues figuratives, tablettes cunéiformes, …) illustrant la puissance et la richesse de la Ville de Mari à l’Âge du Bronze, prêtées par ces deux précieux partenaires, de nombreuses photos et quelques diaporamas, nous revivons lexploration archéologique de ce site de Maril’un des berceaux de notre civilisation.

Pièces archéologique de Mira

Cette ancienne cité syro-mésopotamienne se trouve sur le site actuel de Tell Hariri, situé à l’extrême sud-est de la Syrie, sur le moyen Euphrateà 11 kilomètres d’Abou Kamal et à une dizaine de kilomètres de la frontière avec l’Irak.

Notre attention est attirée, notamment, plans à l’appui, par les fouilles du Grand Palais royal, qui nous ont permet d’avoir une connaissance très précise de l’organisation et de la vie d’un Grand Palais amorite du XIè millénairecœur politique et administratifde toute cité mésopotamienne.

Palais de Mari

Grand Palais royal de Mari/1936

Fort malheureusement, en 1761, le roi de BabyloneHammourabi (ayant régné de 1792 à 1750 avant notre ère) fit piller ce Grand Palais royalson armée y ayant mis le feudétruisant, également, tous les grands bâtiments de la CitéMari perdant ainsi sa place dans le concert des royaumes du XVIIIè siècle avant notre ère.

Cette destruction marqua la fin du rôle joué par Mari, pendant un millénaire, qui unissait jusqu’alors les circuits économiques de la Syrie à la Mésopotamie.

Dégagement de la tête de la déesse aux eaux jaillisantes

A Mari, dégagement d’une tête de déesse

Un hommage particulier est rendu à l’archéologue français André Parrot (1901-1980), qui découvrit le site et dirigea les fouilles dès 1933, état devenu le premier directeur, de 1968 à 1972, du « Musée du Louvre » (catalogue,p.33).

Pascal Butterlin dans les ruines du Grand Palais royal de Mariemont

« Si vous êtes dans la capitale du Royaume de Mari, c’est une fortune incomparable », déclara, en 1933, l’archéologue français René Dussaud (1868-1958), conservateur au département des Antiquités orientales du « Musée du Louvre »

Statuette d'orante, albatre, Mari temple d'Ishtar

Statuette d’Orante, temple d’Istar/XXVè-XXIVè s. avant notre ère © Musée du Louvre

Les travaux et les fouilles préventives des archéologues français Jean-Claude Margueron (1934-2023) et Pascal Butterlin ont suivi la même logique. En 2010, un ensemble de restaurations a été inauguré solennellement, avec le centre de visite et d’interprétation du site.

Depuis 2011, le site de Mari, pris dans la tourmente du conflit syrien, est l’un des sites archéologiques les plus pillés de la Syrie. Déjà  inaccessible, de 1955 à 1961, il l’est à nouveau. D’où l’occasion unique offerte par le « Musée de Mariemont » de découvrir ce que fut cette ancienne capitale, référence de base pour la connaissance des villes et des royaumes de la Syrie et de la Mésopotamie.

Des agrandissements photographiques d’époque valrisent la scénographie

Si la scénographie de l’exposition nous propose des agrandissements photographiques, en noir et blanc, des lieux et des fouilles, notons que les inscriptions figurant sur plusieurs statues permettent de connaître les noms de plusieurs rois et de leur entourage proche, donc  de l’élite du royaume

Tete de statuette d’orante, albatre, epoque Ur III

Tête de statuette d’Orante/2110-2003 avant notre ère ⓒ « Bnu »/Strasbourg

L’histoire de Mari se décline en trois périodes préhistoriquesla première période, de 2900 à 2550 avant notre ère, et la seconde, de 2550 à 2300 avant notre ère, année qui vit la destruction de la Ville par l’armée du Roi d’Akkadqui était à la tête d’un Empire fondé par Sargon d’Akkad (décédé vers 2279/2277 avant notre ère), qui domina la  Mésopotamieà l’époque de la dynastie des Sakkanakku, de la fin du  XXIVè siècle jusqu’au début du XXIIè siècle. Quant à la troisième période, elle s’étend de 2300 à 1760 avant notre ère, ayant commencé par la reconstruction de la Villel’édification du Grand Palais royal remontant à cette époque.

Cylindre de fondation, terre cuite, 605-562 BC, Mariemont.

Tablette cunéiforme © Musée royal de Mariemont

A partir de l’hiver 1933-1934, une cinquantaine de fouilles furent menées. Parmi les objets mis au jour, avec l’appui de centaine d’ouvriers syriens, se distinguent des dépôts de fondation en briqueen pierre ou en bronze, ainsi que des milliers de tablettes cunéiformes faisant de Mari l’un des grands centres de développement de l’écriture. Cette extraordinaire documentation textuelle a, notamment, été étudiée et décryptée par celui que l’on considère souvent comme le père de l’assyriologie belge, l’orientaliste liégeois Georges Dossin (1896-1933), docteur en philologie classique (1921) puis en histoire et de littérature orientale (1923), professeur d’histoire de l’art de l’Asie Mineure  à l’ « Université de Liège ».

Série de foies divinatoires en argile

Considéré comme le siège principal de la vitalité et des émotions, les foies des animaux offerts en sacrifice étaient examinés, par les prêtres, pour en tirer des présages. Aussi, des foies divinatoires, créés en argile – qui pouvaient servir de pièces de démonstration pour les écoles de devins – furent trouvés dans le Grand Palais royal.

Découverte du « Lion de Mari »

L’ambiance effervescente de ces fouilles est particulièrement bien rendue dans la présente exposition, les œuvres à connotation 
religieuse
 y étant nombreuses, entre images de divinitésscènes d’offrandes et relevés de divinations. Elles côtoient des œuvres à caractère plus administratif, comme les sceaux-cylindres, voire, ayant une fonction plus commune, comme les moules à gâteau ou les céramiques, ou encore liées au pouvoir ou à la mémoire, comme les portraits d’ancêtres shakkanakkussans oublier des paires d’yeux ayant appartenus à des statues ou encore le « Lion de Mari »découvert en 1937, réalisé en feuilles de cuivre assemblées à l’aide clous (51, 8 x 76 x 46,5 cm), gardien intemporel du « Temple aux Lions », mis en valeur sur l’affiche de l’exposition.

Statue d’un avant-corps de lion, feuilles de cuivre et assemblage clous, Mari Temple aux lions

« Lion de Mari », un avant-corps en bronze © Musée du Louvre © Ph. : Raphaël Chipault

Concernant ces fouilles du XXè sièclele catalogue, en page 287, nous révèle à quel point, encore en 1960, nous étions bien loin de l’égalité des genres pour le recrutement d’un (sans « e ») photographe : « Votre expédition en Syrie m’intéresse beaucoup … naturellement. Je comprends aisément que vous préfériez un photographe Homme … Mais serait-ce trop difficile ou dur, ou impossible pour une femme ? », demandait Suzanne Fournier, qui se présentait comme une photographe expérimentée, âgée de 40 ans.

A titre d’exemple, voici une réponse adressée à un homme recommandant une femme « Je crains malheureusement de ne pouvoir donner une suite favorable, car devant le grand nombre de candidats, je donnerai sans doute la préférence à un Homme. La région où nous travaillons est sévère, le climat très rude et cela m’oblige à une sérieuse sélection. » … Une réponse inconcevable en 2023 !

Détail du grand calque des fresques de la chapelle 132 du Grand Palais de Mari

Détail d’un calque/ »Chapelle 132″/Grand Palais royal © Musée de Mariemont © Ph. : D.R.

Au sein de ce cette exposition, nous trouvons, également – outre des copies de lettres et de laissez-passés d’archéologues -, des  restitutions de peintures murales et trois calques reproduisant, grandeur nature, ces peintures murales de la « Chapelle 132 »  du Grand Palais royalprésentés pour la première fois au public, le « Musée de Mariemont » ayant financé et réalisé la restauration  (finalisée en 2022) de ces seuls témoignages que nous possédons de ces peintures illustres, désormais disparues.

Restitutions de peintures murales © Musée de Mariemont

Soulignons enfin que le « Musée du Louvre » est, depuis 1934, le seul musée occidental à accueillir des objets provenant de Marile  « Musée d’Alep »en Syrie, étant le seul autre musée ayant abrité une collection similaire, dramatiquement endommagée par la présente guerre.

Pour le « Musée royal de Mariemont », nous proposer cette expositionc’est entretenir la mémoire d’un site aujourd’hui meurtri, interdit d’accès, valorisant ainsi le patrimoine d’exception qui y a été découvert.

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Clou de fondation au nom de Gudéa/17,6 cm/XXIIè siècle© Musée royal de Mariemont

En résumé, quelques dates clés :
 – Fondée en 2900 avant notre ère, la Ville de Mari est conçue comme un point de contrôle territorial sur l’axe
des communications fluviales
 : « Ville I ».
 – Entre 2550-2300 avant notre ère, elle est un centre politique et religieux, contrôlant un vaste territoire :
« Ville II ».
 – Vers 2300/2250 avant notre ère, la Ville de Mari est détruite par les armées de l’Empire d’Akkadavant d’être progressivement 
reconstruite par les Šakkanakkus, à l’origine simples gouverneurs d’Akkad. S’émancipant progressivement, ils redonnent à Mari 
toute son importance géopolitiqueartistique et commerciale : « Ville III ».
 – Vers 1850 avant notre ère, une dynastie amorrite règne sur la Ville e Mari, jusqu’en 1759 avant notre ère,
lorsqu’elle fut détruite par les armées d’Hammurabi de Babylone.

© Musée royal de Mariemont

Ouverture : jusqu’au dimanche 07 janvier 2024, du mardi au dimanche, de 10h à 17h (dernières entrées à 16h15). Prix d’entrée (incluant l’accès à une seconde exposition« Les Amis de Mariemont. Histoire d’une Passion », et aux colletions permanentes) : 8€ (réductions prévues). Catalogue (Ed. « Fédération Wallone-Bruxelles »/16 auteursdont, nous venant du « Musée du Louvre », les commissaires scientifiques Sophie Clouzan Jaroslaw Maniaczyk/cartonné/302 p.) : 35€Contacts : 064/27.37.41 &                          accueil@musee-mariemont.beSite web : http://www.musee-mariemont.be/.

L’audioguide de l’exposition est disponible gratuitement, en ligne, via l’application https://izi.travel/fr. Nous pouvons, ainsi, entendre les
récits de vie de la déesse Ištar, de l’archéologue français André Parroten charge des premières fouilles, à Mari, ou encore d’un scribe, attelé à archiver la vie administrative sur les tablettes officielles.

Pour les enfants, de 06 à 12 ans, un dévernissage sera organisé le dimanche 07 janvier 2024, à 14h, des histoires étant contées et un  atelier organisé, en plus de la visite de l’expositionun petit goûter clôturant ce programme festif.

Jusqu’au mercredi 03 janvier 2024, dans le hall d’entrée, des panneaux, confectionnés par le « CIBB » (« Comité du Bouclier bleu »)-Section belge, évoquent la lutte contre pillage archéologique et le trafic illicite de biens culturels.

Notons encore que le « Musée royal de Mariemont » possède sa brasserieavec une terrasse, ouverte, elle aussi, du mardi au dimanche de 10h à 17h. Réservations éventuelles : 064/27.37.63.

affiche de l'exposition

ⓒ « Musée royal de Mariemont »

A noter que jusqu’au dimanche 02 juin 2024, une seconde exposition nous est proposée, au sein de la « Salle Carrée », intitulée : « Les Amis de Mariemont. Histoire d’une Passion ». Cette expo-focus, organisée à l’occasion de son 90è anniversaire, retrace l’histoire du  « Cercle royal des Amis de Mariemont », nous permettant de découvrir une série de pièces dont celui-ci a fait don au « Musée de Mariemont », tout au long de ces neuf dernières décennies.

Parallèlement à cette seconde exposition, un nouveau parcours audioau sein des sections permanentes, nous permet également de (re)découvrir la diversité des œuvres acquises et offertes par ce « Cercle royal des Amis de Mariemont ».

Yves Calbert.

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